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La beauté de la résistance

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Chaque fois que je pense à ce qui nous fait tenir tant à la vie, je vois cet attrait considérable qu’est la beauté même de la mener ; je considère cet environnement qui est le mien sur lequel il me semble que je peux fonder l’espoir d’une vie pleine, vie d’agrément; je pense aux êtres vivants autour de moi (des proches, des semblables) en compagnie desquels j’espère expérimenter des épisodes significatifs d’harmonie. Voilà ce qui, peut-on dire, accroche à la vie les humains : la beauté en tant qu’harmonie, source d’agrément que nous avons par ailleurs déjà définie comme un pouvoir. Nous serions tous heureux de vivre tant nous paraît possible quelque pouvoir, notamment celui de faire en sorte que nous puissions infléchir une part de notre existence à notre goût.
L’histoire de la pensée ne révèle pas une manière unique de définir la beauté, cette qualité recherchée dans les êtres et les comportements, etc. Le plus constant dans la littérature concernant la beauté est l’importance souvent rattachée à des normes établies par les experts, à des critères pour une certaine convenance esthétique. Certaines particularités sont plus soulignées que d’autres : pour les objets matériels, une certaine régularité des lignes, l’accord des couleurs considéré comme splendide, hic et nunc; pour les sons, la combinaison capable d’exalter au moins le cœur d’un initié.


Plus souvent qu’autrement, la beauté n’est donc définie que de façon circulaire. Quand on n’invoque pas le point de vue de l’expert, on n’a recours qu’à des mots comme « harmonie », « splendeur », « ce qui plaît »… des mots qui ont eux-mêmes besoin d’être définis puisqu’ils ne disent pas plus sur ce qui est à définir, à savoir « ce qui est beau ». Une pure abstraction n’est donc d’aucun secours quand il s’agit de comprendre à quel point la beauté nous accroche à la vie ni pourquoi nous pensons qu’elle est la loi du monde dont on peut rêver.
La loi de beauté et la politique
Les pouvoirs multiples des humains, la volonté de les utiliser à bon escient pour remplir notre existence globale de ce qui l’agrandit, voilà ce que nous percevons comme une loi de beauté. Depuis l’antiquité grecque, c’est à travers la politique, l’art au-dessus des arts, qu’était espérée cette vertu de concilier divers pouvoirs, de réunir les moyens à la portée des hommes et de les déployer rationnellement pour remplir leur existence. La politique, c’est la science architectonique, disait déjà Aristote dans son Éthique à Nicomaque, c’est-à dire celle dont la fin englobe celle de toutes les autres sciences.
 Des dizaines de milliers d’années plus tard, la politique a perdu ses lettres de noblesse. Notre ère en tout cas est témoin de l’échec cuisant de la politique pour ce qui est d’assurer aux sociétés la vie pleine. Partout où se sont érigés des États-nations, l’impression d’assister à la fin d’un rêve domine les esprits. Le lien de confiance entre les individus et la démocratie parlementaire est en train de se rompre; la logique du marché affecte jusqu’aux lieux symboliques de l’autorité politique, les congrès et les bureaux politiques sont devenus un marché où des professionnels contractuels (les lobbyistes) viennent faire la promotion des intérêts privés dont la démultiplication ne peut que consacrer l’émiettement du bien collectif ou des pouvoirs domestiques.
La beauté de la politique s’est éteinte à partir du moment où les replis individuels, micro-communautaires sont devenus la seule issue pour une humanité désabusée. À son époque, Benjamin Constant tentait déjà d’expliquer le repli individualiste des modernes ; « les anciens, disait-il, lorsqu’ils sacrifiaient leur indépendance aux droits politiques, sacrifiaient moins pour obtenir plus; tandis qu’en faisant le même sacrifice, nous donnerions plus pour obtenir moins ».
La politique ne mourra peut-être pas bien que notre époque paraisse déjà revêtir ou presque le manteau de l’« ère postpolitique ». Mais son image aujourd’hui ne permet ni de rêver ni d’avoir confiance en nous-mêmes. Elle a cessé d’incarner ce pouvoir de pousser en avant l’humanité. La beauté du monde est sans doute à recomposer en développant de nouvelles forces, en s’inspirant des résistances, nombreuses, dont l’humanité est quelquefois capable.
La beauté comme résistance
Personne d’entre nous ne trouvera beaux les spectacles liés à certains malheurs : la pauvreté, la maladie, les violences de la guerre, le handicap, la condition d’orphelin ou d’amputé de guerre, etc. Nous avons tous pourtant connu de ces expériences de personnalités qui s’élèvent au-dessus de ces malheurs et qui, par leur audace singulière, enflamment nos passions. Mes souvenirs du milieu des années 1960, pendant la guerre civile au Congo-Kinshasa, me rappellent encore des images d’une femme estropiée dont une jambe avait été emportée par une mine antipersonnel et qui devint pour nous, enfants, le symbole du triomphe de l’humain sur la peur. Dès le jour où elle perdit sa jambe droite, elle décida qu’elle n’aurait plus peur de rien et qu’elle braverait sans relâche tous ceux qui veulent profiter de la guerre pour réduire à néant l’humanité des autres. Elle aurait voulu qu’elle l’arrêtât, cette guerre, mais eût-il fallu qu’une simple civile décide de l’issue d’une guerre ? Consciente de cette limitation, elle avait juré que tous les malfaiteurs rebelles la trouveraient partout sur leur chemin.
Calomnié, accusé d’être en intelligence avec l’ennemi, par la suite jugé sommairement par un tribunal révolutionnaire des forces rebelles, un voisin quadragénaire allait être exécuté sur la place publique.
Je vois encore la silhouette de la femme géante, amputée de sa jambe droite, levant péniblement la hanche en s’appuyant sur une tige de bois, ignorant la douleur que lui faisait chaque mouvement et avançant vers l’accusé attaché sur un arbre pour être exécuté. Elle s’avança, coupa les cordes au couteau et revint vers le commandant rebelle qu’elle fixa de ses yeux en feu avant de lancer : « eh bien, vous persistez à verser le sang de vos proches…vous qui êtes devenus immortels…allez-y donc. Je vous ai enlevé votre proie. Je suis prête à la remplacer ». Elle se tint longtemps devant le chef rebelle, au milieu d’un groupe de rebelles qui n’attendaient que l’ordre à exécuter. Les badauds que nous étions furent dispersés avant le dénouement de l’affaire. Les bourreaux, avions-nous alors compris, voulaient épargner les innocents du spectacle atroce d’une double exécution.
Je m’aperçus, des semaines plus tard, que les rebelles étaient revenus à la raison puisque je revis la brave contestataire honorée par la communauté pour un nouveau geste héroïque qu’elle venait d’accomplir en secourant une jeune enfant abandonnée.
En contexte de guerre, les parents d’une gamine étaient allés chercher des denrées alimentaires à un petit marché occasionnel. L’attaque survenue en leur absence, l’enfant qui jouait avec d’autres enfants de l’entourage, s’est réfugiée dans la chambre de ses parents. Seule, affolée, elle s’est terrée sous le lit des parents d’où elle laissait entendre des cris de désespoir. Sans les bruits des cartouches et des obus, les cris eussent attiré vers la maison des hommes de troupes qui tiraient sur tout ce qui bougeait.
Les échanges de tirs s’intensifiant, chaque parent a pris ses enfants pour s’enfuir et la pauvre petite est restée seule en pleurs. La dame amputée de guerre en fut informée, poussa ses petites filles vers une cachette et revint sur ses pas, embrassant arbre après arbre, comme un fantôme, elle réussit à se faufiler, jusqu’à rejoindre la jeune abandonnée qu’elle força au silence. Avec la même méthode de dissimulation, elle mena l’enfant vers un refuge où elle demeura avec d’autres familles jusqu’à la fin des affrontements.
Des jours plus tard, les familles déplacées se sont plus ou moins regroupées ; la brave dame chercha et retrouva les parents à qui elle rendit l’enfant.
Les hommes assemblés vinrent tous honorer l’héroïne. Quant à l’enfant, elle tremblotait, blottie à la poitrine de son père tandis que la brave femme lui caressait la tête. Et elle nous regardait, répétant sans arrêt, parlant des enfants : « pourvu qu’ils en profitent eux aussi…pourvu qu’ils soient capables de lutter quand ce sera leur temps». Les parents étaient en larmes. Nous avions tous les cœurs exaltés.
Nous connaissons sans doute cette phrase d’un écrivain français célèbre : « les plus désespérés sont les chants les plus beaux ». Ceux de la dame engagée ne furent pas pour nous autres que plus beaux. Ils nous firent croire dans la beauté du monde par delà ce constat que le monde est aussi la proie du mal.
Beauté intrinsèque de l’être
Un conte des tribus bantu africaines se raconte pour dépeindre la voie de la beauté comme un itinéraire à suivre à l’instar du parcours suivi par une jeune orpheline, Niya, en âge de se marier. Elle voulut s’entendre avec les filles de son âge pour un voyage d’initiation auprès de l’esthéticienne de la région, celle qui faisait des « belles à marier ». L’esthéticienne prenait chaque fille comme elle mérite d’être prise. À certaines elle taillait les dents pour que celles-ci correspondent à la norme, à d’autres ce sont des lianes de savane macérées dans une huile animale qu’elle administrait pour faire briller la peau. À toutes, elle appliquait des scarifications; elle ajoutait un tatouage qui faisait de chaque fille une personne unique : belle et incomparable. Elle éclaircissait la dentition.
Sans parent pour la faire vivre et monnayer les soins esthétiques, Niya menait sa vie sous la protection de vieilles veuves auxquelles elle apportait gratuitement de l’aide dans les champs et dans les travaux domestiques. Des cadeaux, elle en recevait quelque fois et les mettait de côté en prévision du grand voyage. Mais elle ne put obtenir des autres filles qu’elles l’acceptent dans le convoi. Obstinée, ne craignant plus ni malheur ni échec, elle dont le grand malheur fut de grandir sans protection familiale, elle tenta de les suivre, de loin tout de même pour ne pas se faire tuer. Elle perdit malheureusement toute trace et s’égara dans la forêt. À bout de force, elle se réfugia dans une petite case enfumée qu’occupait une veuve octogénaire. Celle-ci prit le temps d’écouter la jeune conter sa mésaventure sans mot dire. Elle lui donna à manger, lui montra où se coucher jusqu’au lendemain.
Réservée et surtout autoritaire, la veuve donna ses recommandations et ses ordres. Elle contraignit la jeune femme à un dur labeur pour de nombreuses semaines et, contente de la voir patiente, lui adressa finalement ces mots :
La beauté, ma belle, c’est ce qui coûte le plus cher. Une orpheline comme toi n’a pas de quoi monnayer les soins requis. Remets-moi tous tes présents, tu travailleras pour moi pendant quelques semaines encore et je veux que ton visage continue de dégager joie et espoir dont je te crois capable. Par la suite, j’ajouterai quelques touches à ton corps avant ton départ, mais ton visage désespéré sera devenu un des plus rayonnants et de belle à marier.
La veuve fit véritablement trimer la jeune femme et ne cessa de répéter : « je ne vois pas encore le bien-être que je recherche dans ton regard innocent ». Elle voulait que la petite prît l’habitude de mener avec bonheur sa vie, ne pensant pas à quelque autre qui peut-être ne lui vaudrait pas. Ce lui semblait, de par son expérience, que ceux qui ont intégré ce principe sont les personnes dont le visage dégage plus de joie de vivre, de vibrations d’accueil, plus de charme qu’on peut appeler beauté. Elle continua d’exiger cela à la petite jusqu’au moment où elle vit que ni le travail, ni les mauvais repas, ni les intempéries ne savaient arracher à la jeune femme le sourire qui en faisait une beauté rayonnante. Elle se résolut alors à lui prodiguer le peu de soins qu’elle estimait essentiels et la prépara au retour.
Revenue au village, la communauté entière parla du charme de la belle nubile au moral de fer, au sourire inextinguible, dont chaque geste rendait son environnement agréable. Le roi en fut informé et décida de la marier à un de ses fils qu’elle aimerait.
La leçon de ce conte, sans doute imparfaitement rendu dans ce contexte, n’est-elle pas de renvoyer tout être humain à sa propre beauté, à l’ouverture dont il est capable mais qu’il tend à étouffer toutes les fois qu’il se laisse aller au mimétisme ? S’il n’existe pas de critère scientifique de beauté, il y a tout de même le charme que véhiculent la joie d’être ce que l’on est, l’ardeur de faire du bien tant que nous en sommes capables. 

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