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Certitudes d'hier et d'aujourd'hui

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Le sujet, forcément, touche à l'évolution de la personne ou si l'on préfère au cheminement personnel. Au fil des années, des études, des responsabilités, des recommencements, j'ai évolué dans mes certitudes : mes convictions se sont approfondies, mes croyances et mon credo se sont nuancés. N'est-ce pas normal ? À 80 ans, bien sûr, on ne pense pas comme à 20 ans.

 

Sur le plan personnel, je suis tenté de dire que plus je vieillis moins j'ai de certitudes. Suis-je le seul à penser ainsi ou est-ce le propre de la nature humaine évolutive? Quand j'étais jeune, j'étais farci de certitudes : mes parents n'avaient pas de défauts, les diplômes académiques ouvriraient toutes les portes, la sainteté se trouvait au bout de mes efforts, etc. La plus incroyable de mes certitudes concernait ma vocation à la prêtrise. Un père rédemptoriste avait prédit à mes parents jeunes mariés que leur aîné ferait un prêtre : je partageai leurs certitudes. Mes études et mes dispositions allèrent dans ce sens. En philo, je connus une dépression nerveuse. On me fit consulter le Père Sanson, jésuite et psychiatre. À la sixième rencontre, il me dit : « M. Tardif, avez-vous pensé que vous n'êtes pas obligé de faire un prêtre? » Sa question me scandalisa : elle heurtait de front ma certitude fondamentale. Je cessai d'aller le voir et fus bientôt ordonné prêtre.

Mon noviciat, mes implications dans les Congrégations mariales, les soirées de prières, les retraites ne firent pas de moi un saint à court terme. Une autre certitude s'envolait. Plus j'accumulais les diplômes en chant, en latin, en théologie, en Écritures saintes, plus s'accumulaient les interrogations au lieu des certitudes. La certitude de m'épanouir dans l'enseignement du latin et du chant grégorien tomba à l'eau dans les années 60 faute d'élèves : les études secondaires et la liturgie n'avaient plus besoin de ces matières. Il me reste cependant la certitude que le latin et le chant grégorien font partie d'un trésor universel incomparable et perdureront dans quelques monastères et chez certaines élites.

Quand, sur l'ordre de mes supérieurs, je partis pour le Zaïre (RDC), j'avais la certitude de partir aider les pauvres populations, donner des conseils, apporter les bienfaits de ma religion catholique et de ma culture académique à une foule de gens assoiffés. J'ai vite déchanté. Je ne nie pas que les valeurs évangéliques rejoignaient les besoins spirituels de beaucoup de Zaïrois et Zaïroises, au contraire. Mais, peu à peu, je perdais la certitude d'une certaine missiologie qui tablait plus sur les diplômes académiques et même théologiques propres à élever à un rang social supérieur que sur leurs coutumes louables, leurs potentialités culturelles, intellectuelles et spirituelles capables de bâtir des actions d'avenir à long terme envers ces populations qui nous avaient invités. J'ai trouvé, par exemple, une nouvelle certitude d'un vrai développement social dans la philosophie et les méthodes de l'organisme canadien Développement et Paix, qui part essentiellement des projets initiés par les populations elles-mêmes. Mes réflexions m'amènent un autre regard que celui des gouvernements du Nord et du Sud et de leurs fonctionnaires. Ils exploitent ou aident vraiment? Et leurs missions militaro-protectrices sauvent les personnes en danger mortel ou seulement comptent les morts?

Plus tard, une année sabbatique me fit enfin comprendre que tensions, maux de tête, scrupules chroniques et bien d'autres choses signifiaient que je n'étais pas dans ma meilleure orientation. Ma certitude fondamentale ecclésiastique s'écroulait. Une fois laïcisé et marié, je n'ai cessé de suivre des sessions d'études bibliques et de lire des ouvrages de théologie et de philosophie. Mes certitudes concernant l'engagement dans l'Église et dans la société québécoise ont beaucoup évolué. J'ai perdu la foi en la manière monarchique, hiérarchique de l'institution catholique romaine et en son attitude dogmatique. Je n'ai plus confiance dans l'apostolat paroissial : l'avenir de l'Église peuple de Dieu n'est pas là. Où est-il? Je ne sais pas, je cherche. Ma nouvelle certitude se trouve plutôt dans le réseautage de gens engagés dans des mouvements pour la justice et la paix. À l'intérieur de ces réseaux, l'on pratique le partage, l'entraide et le discernement; l'on y trouve aussi l'espoir et la joie : je fuis les tristes et les pessimistes.

Je me suis beaucoup intéressé à l'histoire du Québec, ne cessant de lire les meilleurs historiens. J'ai même participé à l'action politique dans ce que je croyais les meilleurs partis, avec la certitude que nous serions bientôt un pays souverain. Mais depuis l'échec référendaire de 1995, cette certitude est mise à rude épreuve. L'idée de l'indépendance du Québec s'estompe et devient hypothétique. Malgré tout, je garde espoir.

Mes certitudes face à la prière et à la pratique religieuse ont beaucoup évolué. Je me suis éloigné des formules et développé une prière de solidarité, une prière qui va de pair avec le discernement : un arrêt en présence de Dieu, souvent pour voir avec d'autres si je suis dans la bonne direction, à l'écoute du Souffle de Jésus. Quant aux pratiques religieuses, à part quelques célébrations occasionnelles, je vais rarement à la messe dans les églises. Je préfère célébrer avec des communautés de base et participer à des liturgies significatives qui me rejoignent. Par exemple, je suis allé aux funérailles de Pierre Falardeau, un grand croyant à sa manière, un humaniste authentique, un cœur bon et généreux, peut-être plus proche de Jésus de Nazareth que bien des croyants pratiquants. Jésus ne se fâchait-il pas lui aussi contre ceux qui abusaient des pouvoirs religieux et politiques, s'en servant pour leurs intérêts propres, exploitant les petites gens? Voilà mes nouvelles certitudes spirituelles de croyant.

En conclusion, je citerai des extraits du petit livre que ma conjointe et moi avons écrit ensemble « Tel un cailloux... L'espérance des grands-parents ». Ces passages résument d'une certaine façon mes certitudes d'hier et d'aujourd'hui, surtout leur évolution.

« Quant à nos valeurs dites ''sociales'', comme la justice, la solidarité, la responsabilité citoyenne, le sens du bien commun, elles demeurent un pivot très important autour duquel gravitent plusieurs de nos engagements. Elles découlent de notre foi en la dignité de nos frères et soeurs en humanité, si nombreux à être bafoués, exploités, chosifiés. Elles viennent de notre compréhension de ce que signifie être disciples de Jésus » (page 38).

Aujourd'hui, je puis dire que je suis à l'automne avancée de ma vie, ''saison de la finitude mais aussi celle de la ferveur apaisée, d'une force où se mêlent lucidité et tendresse'' . Comme les autres êtres de la planète, animaux, insectes, poissons, arbres, j'évolue vers ma désagrégation, ma fin, ma fusion avec la poussière de la terre. Mais, j'ai la conviction que quelque chose de moi continuera : une partie de mon esprit, mes dons d'amour, ma passion du beau chant, mes plus nobles désirs. Parmi ces désirs, il y a un rêve : je rêve d'une vie épanouie pour mes petits-enfants. Certitudes de grands-parents, certitudes de continuité, de transmission générationnelle de valeurs, spirituelles et humaines.

Dans une vie lucide et réfléchie, à mon avis, je crois qu'il y a plus de doutes que de certitudes. Je me permets en terminant de citer de mémoire une phrase qu'une grand-maman prononça quelques heures avant de s'éteindre, elle qui avait été une authentique croyante et avait œuvré en conséquence : « Je ne comprends plus rien, je ne suis plus sûre de rien, mais je suis sûre que Dieu m'aime et cela me suffit. »

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