À bientôt

Jeudi 18 Janvier 2018

Calendrier des activités

Janvier 2018
D L Ma Me J V S
31 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3

Devenez Publicitaire

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Faire un don

Easy Joomla Paypal Payment / Donations Module

Statistiques du site

  • Unique Visits Today57
  • Unique Visits Yesterday41
  • Visits This Week177
  • Visits Previous Week337

Activité en ligne

Nous avons 75 invités et aucun membre en ligne

MySpaceMySpace

Les économies citoyennes

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

Sous des titres divers, Vents croisés a déjà publié études et opinions sur des questions économiques en lien avec la gouvernance des États. Au cours des trois dernières années, ce fut particulièrement le cas avec les numéros 16, 19 et 20.

 

Point n’est besoin de reprendre aujourd’hui tout ce qui a été dit alors. La crise économique actuelle va en s'aggravant au lieu de se résorber et sa vraie cause n’est plus qu’une évidence : les milieux financiers ont pris le contrôle des États, tout autant que des citoyens et citoyennes, par le crédit. Dans une certaine mesure, ils ont pris également en otage les syndicats à cause des fonds de retraite de leurs membres. Le phénomène semble malheureusement devenu récurrent.

Il y a quelque deux cents ans, Thomas Jefferson déclarait déjà:

Les banques menacent plus nos libertés que des armées ennemies. Elles ont déjà donné naissance à une aristocratie de l'argent qui défie le gouvernement. Le pouvoir qui résulte de l'émission d'argent et de crédit doit être enlevé aux banques et rendu au peuple auquel il appartient.

Une économie autre finira par s'imposer, soit parce que le système actuel aura fait naufrage, soit parce que les divers gouvernements et les sociétés civiles auront eu le courage de s'unir pour dire: "Non! On ne joue plus à votre jeu de dupes", et pour reprendre en main les rênes du pouvoir. Mais pour être valable à long terme, cette nouvelle économie devra respecter un certain nombre de principes de base sans lesquels, nonobstant ce qu'on enseigne peut-être dans certaines universités, on ne peut parler d'économie au plein sens du terme.

 

1- Économies plurielles. Le titre de cette réflexion parle d'économies au pluriel. Car il n'y a pas d'économie véritable qui ne soit au service des personnes. Pourquoi les êtres humains auraient-ils tous les mêmes besoins, les mêmes désirs, la même conception de la communauté humaine, la même philosophie de vie? Pour beaucoup encore, les valeurs culturelles sont plus importantes que les valeurs financières, et une économie citoyenne doit en tenir compte.

Ce numéro de Vents croisés ne manque pas d'articles pour présenter des systèmes économiques alternatifs qui ont fait leurs preuves, ce qui n'est pas le cas de la soi-disant économie néolibérale qui est plus une financiarisation du monde qu'une économie. En particulier l'article intitulé "Internationalisations?" est une invitation à s'ouvrir au point de vue des autres.

 

2- Économies utiles. En écrivant ces mots, je repense tout à coup au financier à qui le Petit prince de Saint-Exupéry déclare: "Tu n'es pas utile aux étoiles!". On parle de croissance, mot magique, mais on oublie de se demander si notre monde de sept milliards d'individus a vraiment besoin que l'on fabrique et que l'on vende chaque année, comme l'an passé, trois milliards de téléphones portables!

Une économie digne de ce nom doit se soucier de rencontrer les besoins des gens, et cela inclut le besoin d'un travail rémunérateur, plutôt que de chercher à créer toujours de nouveaux besoins afin de produire toujours plus au détriment de l'écologie. Dans une saine économie, tout ce qui a trait aux industries de guerre devrait au moins être comptabilisé à part.

 

3- Économies solidaires. Le néolibéralisme prêche l'individualisme à outrance et la compétition, selon le vieux principe: "diviser pour régner". Les économies traditionnelles qui n'ont pas encore été trop contaminées par la vague ultralibérale reposent sur la solidarité et la notion de bien commun. En fait, les partisans du néolibéralisme dogmatique comptent sur la solidarité pour compenser les lacunes trop criantes de leurs systèmes, mais ils refusent par principe, et en contradiction avec la Déclaration Universelle des Droits humains, que le droit à une vie décente soit la responsabilité officielle de la communauté humaine.

En fait, dans une économie solidaire, ce devrait être les milieux financiers, responsables de la crise économique actuelle, qui devraient être tenus responsables de régler les problèmes aigus auxquels font face les organisations de soupe populaire et d'asiles pour les itinérants où les demandes sont en croissance exponentielle. Ceci au moment où les profits des banques atteignent de nouveaux sommets! Notons, bien sûr, que dans une économie solidaire, il n'y a pas de place pour la corruption.

 

4- Distinction entre fonds utiles et fonds spéculatifs. Après la crise des années 30, un certain nombre de règlements, concernant les banques et autres organismes de prêts, encadraient les risques qu'ils étaient autorisés à prendre avec leurs fonds propres et ceux de leurs épargnants. L'ère Reagan-Thatcher a fait voler en éclats ces garde-fous. Que des gens veuillent risquer leurs avoirs de façon spéculative pour obtenir des rendements annuels de 15% et plus, c'est leur droit le plus strict. Mais il faut bien que ce soit à leurs risques et non à celui de la communauté. Il convient donc qu'une distinction claire soit faite entre les banques d'affaires et les institutions financières à but spéculatif.

Les organismes de contrôle, comme le FMI et les agences de notation, se sont révélées incapables de prévoir la crise. Le rapport interne du FMI publié en janvier 2011 en prenait acte: "La capacité du FMI à détecter convenablement les risques qui prenaient de l'ampleur a été freinée par un degré élevé de pensée doctrinaire, un a priori intellectuel". Au point que: "Le FMI a mis en exergue les avantages de la tritisation". Quelques mois avant l'effondrement de Lehman Brothers, ce même FMI écrivait au sujet des Etats-Unis: "Les banques commerciales et d'investissement proprement dites sont foncièrement en bonne situation financière et les risques systémiques sont faibles"!

 

5- Création d'argent. Chaque fois qu'une institution financière prête de l'argent, dans la réalité elle crée de l'argent, même si cet argent est en grande partie fictif. Depuis les années 1980, les banques ont été autorisées à prêter plus, beaucoup plus, créant ainsi une économie fictive, couramment appelée "bulle". À noter que pendant ce temps-là, les pays de la zone euro sont dans l'impossibilité de créer les liquidités qui leur permettraient de remettre à flot leur économie. Même si ce n'est pas là la solution idéale, c'est moins dommageable que d'être à la merci des marchés financiers plus prêts à étrangler qu'à aider.

            Des limites à l'endettement des particuliers devraient également être mise en place, les dépassements de ces limites étant au risque du prêteur. Les taux usuraires de 20% (pardon, 19.9%) devraient aussi être interdits.

6- Paradis fiscaux. Lors de la crise financière de l'automne 2008, les gouvernements, furieux de se sentir soumis au pouvoir des financiers, ont parlé de s'attaquer aux "paradis fiscaux". Gageons que les vrais maîtres du monde ont réagi de façon convaincante car ce genre de discours n'a pas duré. Certes, il n'est pas simple d'obtenir la transparence financière des entreprises tant les ramifications entre les compagnies fantômes des paradis fiscaux sont conçues volontairement de façon inextricable. Mais il devrait être possible de taxer comme profit toute transaction avec de telles compagnies. C'est avant tout un problème de volonté politique.

7- Subventions. Le néolibéralisme s'oppose par principe à toute subvention gouvernementale, déguisée ou non, que ce soit aux agriculteurs, aux entreprises privées ou àla recherche. Il s'oppose aussi aux droits de douane sur les importations. Mais dans la pratique, il a jusqu'à nos jours toléré les subventions accordées par les États puissants, en autant qu'elles ne nuisent pas à d'autres États capables de faire valoir leurs droits. Par contre, il a veillé scrupuleusement à ce que les pays à économie faible n'appliquent pas de droits de douane pour contrer cette compétition déloyale.

Il est normal que les économies citoyennes puissent avoir recours à des subventions pour soutenir tel ou tel secteur de leur économie qui aurait besoin d'une telle aide. Ne serait-ce par exemple que pour assurer leur sécurité alimentaire. En contre partie, elles doivent accepter que les autres pays, importateurs de ces produits subventionnés, puissent appliquer des droits de douane égaux au montant des subventions pour rétablir l'équité sur une base globale.

 

8- Transports. Notons brièvement qu'une économie citoyenne se soucie d'écologie et cherche à produire localement ce qui est consommé localement. C'est un non sens économique et écologique que ce que nous mangeons  ait parcouru en moyenne deux mille six cents kilomètres avant d'aboutir dans notre assiette.

Dans le cadre de ce qu'on appelle "économie verte", il y aurait beaucoup à ajouter à ce paragraphe, à commencer par la renonciation à toute fragmentation de l'atome, que ce soit pour des fins civiles ou militaires. Nous sommes sans doute encore trop loin d'un consensus sur ces industries nucléaires qui pourtant apparaîtront un jour comme un non-sens économique.

9- Flexibilité. Toute règle ou modus vivendi économique doit rester flexible pour pouvoir s'adapter aux circonstances. Prenons un exemple récent : l'éclatement de la bulle immobilière a multiplié le nombre des reprises hypothécaires (plus connues sous l'anglicisme "forclosure"). Les conséquences d'une telle réaction à un défaut de paiement, même si elles sont parfaitement légales, sont, en cas de crise généralisée, qu'un grand nombre de ménages sont jetés à la rue; en outre, le marché immobilier s'effondre trop brutalement, mettant dans l'embarras les prêteurs aussi bien que les propriétaires encore solvables. C'est du perdant-perdant.

J'étais tout heureux d'apprendre, lors du Forum international de l'économie sociale et solidaire du mois d'octobre 2011 à Montréal que telle entreprise de fonds mutuels de Colombie britannique avait traversé la crise sans aucune reprise hypothécaire. En plus de l'aspect humanitaire de la démarche, ils y trouvaient leur avantage: trois semaines de négociation avec le créancier comparé à trois mois de démarches légales ; soutien au marché de l'immobilier pour le cas où les négociations n'auraient pas pu aboutir. Mais, bien sûr, il avait fallu se départir d'un des dogmes de l'ultralibéralisme actuel qui veut que, même en cas de crise, les organismes financiers n’aient pas à payer pour les pots cassés.

Comme quoi le simple bon sens vaut bien les théories prétendument scientifiques.

En conclusion. Il ne manque pas de gens pour offrir des critères additionnels d'une saine économie. Par exemple certains parlent de revenu minimum garanti et d'autres de légalisation des drogues. Il me semble qu'il s'agit là de moyens que l'on peut choisir pour rencontrer les objectifs ci-dessus. Mais d'autres approches sont possibles.

On remarquera que la soi-disant économie néolibérale ne rencontre aucun des neufs critères énoncés précédemment. Par contre on pourra vérifier que les autres approches économiques évoquées ou décrites dans ce numéro de Vents croisés sont en accord avec ces principes d'une économie saine.

Il convient cependant d'être conscient que des obstacles s'opposent à toute solution de bon sens à la crise économique actuelle. Tout d'abord, et c'est sans doute la tâche la plus colossale, il faut réussir à se libérer du lavage de cerveau initié par la majorité des empires médiatiques, et relayés par la plupart  des gouvernements des pays occidentaux, que seule l'approche néolibérale est valable.

Il convient également de faire cesser ce que j'appellerai le chantage à l'investissement où les investisseurs jouent un pays contre l'autre. Ceci revient à dire que les gouvernements ont à s'entendre sur une approche commune pour reprendre les rênes du pouvoir qu'ils ont abandonné aux financiers qui leur dictent leurs choix politiques. Cela inclut aussi de rapatrier dans des organismes financiers contrôlés par les États un pourcentage important des fonds de pension organisés sur la base de la capitalisation des contributions.

Enfin, il conviendra de redéfinir les notions de croissance et de développement pour qu'ils ne soient pas évalués uniquement à partir de critères financiers. Je me souviens d'un projet de développement au Zaïre, il y a vingt ans, financé par la Banque Mondiale. Pour pouvoir réaliser une étude d'impact du projet, une évaluation des conditions de vie des populations concernées devait se faire avant le début du projet et après son achèvement. J'avais demandé que les habitudes de danse de ces populations fassent partie de cette évaluation et cette requête inhabituelle avait paru raisonnable au représentant de la Banque Mondiale que je rencontrais à Kinshasa. Comme quoi, parfois, il suffit d'oser!

MySpaceMySpace

logo nous avons lu2

Les éditions passées

no_20.jpg

Suggestions de lecture

l'humanitaire

 


 

Open source productions