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Quand la justice devient réparatrice

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« La justice réparatrice est une justice qui responsabilise et demande à chacun de se pencher sur soi et d'explorer l'autre. Ce n'est pas toujours facile à faire, mais combien réparateur... »

David Farrel, avocat canadien à la retraite.

 

Justice réparatriceJeudi 23 septembre 2010, j'accompagne Sarah au Palais de justice, c'est le jour où doit être rendue la sentence contre son beau-père. Elle est accompagnée de son chum, de membres de sa famille et de personnes ayant vécu avec elle une démarche de justice réparatrice. Sarah a été victime d'inceste. Depuis 5 ans, elle n'a pas relâché ses efforts pour aller jusqu'au bout. Le procureur qui a 35 ans de carrière est impressionné par sa persévérance et sa résilience. Il est vrai que seuls 10 à 15 % des cas d'inceste se retrouvent devant les tribunaux, alors que d'après une récente émission de Radio Canada « Huis clos » sur le sujet, une femme sur cinq et un homme sur dix aurait été victime d'inceste. Son combat est d'autant plus admirable car il va faire jurisprudence.

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Nous voilà donc au cœur de la justice pénale. Après avoir examiné le tort subi par l'État et la société, l'atteinte aux lois en vigueur et les risques à venir, le juge va se prononcer sur la culpabilité de l'accusé et prévoir sa punition. L'échange se passe entre le procureur, le juge et l'avocat de la défense. Le jargon juridique crée une atmosphère aseptisée. On pourrait en rester là.

Pourtant Sarah a demandé à être entendue. C'est un besoin très fort chez les personnes qui ont été victimes. Elles ne veulent pas être de simples témoins, observateurs du procès comme c'est souvent le cas. Après tout, elles sont directement concernées.

Le procureur fait part au juge de cette demande, qui l'accepte. Beaucoup d'humanité chez ces deux hommes qui entendent ce cri. Elle confie alors toutes les conséquences du crime dans sa vie, encore aujourd'hui, 35 ans après. La liste est longue. À chaque nouveau point, l'accusé abaisse un peu plus la tête, des larmes coulent sur son visage. Sarah a choisi de témoigner à partir de la démarche de justice réparatrice qu'elle a vécu il y a 3 ans avec le Centre de Services de justice réparatrice (CSJR). Elle présente les dessins symboliques qui l'ont aidé à sortir du traumatisme et finit par une lettre qu'elle a écrite à son agresseur en 2007. Celle-ci est rarement lue ou envoyée directement à la personne concernée, elle vise surtout à libérer la victime. Cette fois-ci, Sarah choisit de la lire devant son beau-père. Moment extrêmement puissant qui conduit à une suspension de séance de 5 minutes, le temps que tout le monde se remette de cette émotion qui nous envahit. Finalement, la sentence sera rendue la semaine suivante pour raison médicale, mais le juge avertit l'accusé de prendre ses effets personnels car il ne ressortira pas libre de la salle. Sarah sera présente, mais pour elle, l'essentiel est fait. Elle a pu témoigner, elle s'est sentie soutenue et reconnue, elle sait que son agresseur sera soigné en établissement de détention car il a de grandes chances d'être incarcéré au fédéral (pour les peines supérieures à 2 ans + 1 jour).

Cette situation vécue récemment montre combien la justice réparatrice peut être complémentaire de la justice pénale. D'ailleurs les rencontres détenus-victimes proposées par le CSJR depuis 9 ans se déroulent en majorité en établissement de détention, ou quand elles ont lieu en communauté, les participants « agresseurs » sont des personnes qui ont purgé leur sentence et sont aujourd'hui libérées.

Comment cela se déroule-t-il concrètement ? Des rencontres hebdomadaires de 3h ont lieu durant 7 semaines. 12 personnes y participent : 4 personnes victimes, 4 agresseurs, 2 représentants de la communauté (citoyen-Nes qui sont témoins au nom de la société de ce qui se vit), 2 animateurs (un homme, une femme, des personnes de grande expérience qui assurent ce service bénévolement). La démarche est volontaire et confidentielle. Les personnes sont sélectionnées en fonction de leur capacité à parler des conséquences du crime dans leur vie et à écouter l'autre et pour les agresseurs de la reconnaissance de leur responsabilité. Les crimes sont apparentés (il ne s'agit pas de médiations directes). Certains groupes sont spécifiques à l'inceste, car cette problématique est particulière en raison notamment de la place de la famille. D'autres concernent des crimes variés (vols, viols, meurtres, agressions).

Choisir d'entrer dans une démarche de justice réparatrice est un acte courageux. Pour la victime, c'est être prête à faire face à un agresseur semblable au sien, ainsi qu'aux émotions destructrices qui la consument intérieurement. Il n'est pas rare que les peurs montent quelques jours avant le début. Aller toucher la blessure pour pouvoir la traverser, cela peut être douloureux. Cela ne se fait que lorsque l'on se sent prêt et accompagné. Pour le détenu, c'est accepter de se dire dans l'ignoble de son geste, d'être « assis sur la mauvaise chaise, celle de l'agresseur » (alors même qu'il a pu lui aussi être victime dans l'enfance), d'oser se dire devant les autres « gars », leur faire confiance. Pour ceux et celles qui connaissent le monde carcéral, nous savons combien il peut être dangereux pour quelqu'un d'être reconnu comme agresseur sexuel à l'intérieur des murs, les règlements de compte existent.

Malgré cela, plusieurs osent l'aventure. Et les histoires de libération intérieure, de prises de conscience, de responsabilisation ne manquent pas. C'est d'ailleurs souvent le bouche-à-oreille qui fait qu'une personne décide de s'inscrire aux rencontres. « J'ai vu comment cela avait changé mon ami(e) qui l'a vécu et m'en a parlé ». Cela en est profondément touchant. C'est du gagnant-gagnant ! Tout le monde en ressort grandi.

La personne qui a été victime en premier lieu. Ainsi cette femme qui a senti un poids énorme lui tomber des épaules quand elle s'est vue reconnue dans sa souffrance par un motard qui aurait pu être l'assassin de son fils, cette autre qui s'est sentie plus légère et moins tendue après avoir crié sa colère face à celui qui avait violé une femme qui lui ressemblait. Il y a aussi des personnes qui dorment mieux, font moins de cauchemars, souffrent moins d'anxiété ou de culpabilité, améliorent leurs relations avec des conjoints, retrouvent confiance en elle et décident de s'affirmer. Il est intéressant pour certaines personnes victimes de réaliser que d'autres vivent la même chose qu'elles, la rencontre entre personnes ayant subi des crimes semblables est elle aussi porteuse de fruits.

Le détenu également retire des avantages de ces rencontres et s'engage généralement dans des actes de réparation (ex. : témoignage auprès de jeunes pour éviter qu'ils tombent dans la criminalité). Non seulement il peut lui aussi être entendu (comment il en est arrivé à commettre le crime, ce qui change en lui depuis son incarcération), mais aussi se dire en vérité à la suite de prises de conscience. Un père incestueux réalise que ce qu'il a fait à son enfant n'est pas un acte passé, mais est sûrement encore très présent dans la vie de sa fille devenue adulte, il prend conscience de l'ampleur de son geste et de la souffrance toujours vécue par sa victime. Un meurtrier comprend qu'il a fait souffrir plus de personnes qu'il pensait, car les proches de sa victime sont des victimes secondaires, et toutes les personnes qu'il a volées avant de commettre le meurtre, alors qu'il n'y voyait que du matériel jusqu'à présent, se révèlent elles aussi être des victimes.

Les représentants de la communauté repartent de ces rencontres mieux sensibilisés, vigilants à ce qui peut se produire dans leur voisinage, et désireux de s'impliquer dans des débats de société. Leur citoyenneté s'en trouve renforcée, ils se sentent concernés ! Ils sont prêts à briser des tabous et à sortir de l'indifférence.

Les rencontres détenus-victimes sont une voie de justice réparatrice, mais il en existe d'autres, allant des médiations plus directes à des formes de justice plus alternative. Ce type de démarche a évolué au cours du temps. Il est né de la rencontre entre Thérèse de Villette, religieuse débarquée à Montréal après avoir du fuir le Tchad à la suite du meurtre d'une de ses consoeurs, et de David Shantz, aumônier de prison mennonite, qui avait expérimenté des Face-à-face entre un détenu et une victime, à l'image de ce qui se faisait alors dans l'ouest Canadien.

Plusieurs s'intéressent à ce processus. Des criminologues, d'autres spécialisés en victimologie. Le Service correctionnel du Canada a même entrepris une évaluation du CSJR de 2005 à 2008, qui s'est révélé positive et prometteuse. Le service pénitentiaire français et la Fédération nationale d'aide aux victimes ont demandé à recevoir une formation dans ce domaine. Jean-Jacques Goulet, alors coordonnateur du CSJR, s'en est chargé en 2009. Depuis cette année, les premières rencontres détenus-victimes se sont déroulées Outre-Atlantique, et les résultats ont été appréciés des participants.

Remettre la personne au cœur du processus judiciaire, un enjeu d'aujourd'hui. En participant à une démarche de justice réparatrice, celle-ci vient améliorer sa relation à elle-même en retrouvant une certaine paix et vérité intérieure, à l'autre en acceptant d'entrer en dialogue et de faire tomber ses préjugés mais aussi à la société en pouvant dire à ses représentants ce qui l'habite et en se sentant accueilli par eux. Des relations plus saines et ajustées, plus aimantes aussi, qui permettent d'envisager l'avenir autrement.

* Coordonnatrice du CSJR

www.csjr.org

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