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Marche mondiale des Femmes

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L’action politique vers un autre monde possible. Origine, enjeux et défis. Par Ana Maria Seghezzo, membre du Comité « Femmes et mondialisation » de la Fédération des Femmes du Québec, membre du « Comité de Suivi de la Marche mondiale des femmes du Québec »

Comme le dit si bien l’écrivaine Hélène Pedneault dans le Manifeste pour la Marche mondiale des femmes au Québec (octobre 2000) : « La marche mondiale des femmes est commencée depuis des millénaires. Nous venons de très loin et nous ne sommes pas encore arrivées à destination. Il y a moins d’un siècle – un soupir dans l’histoire – les femmes n’avaient aucune identité : ni professionnelle, ni civique, ni politique, ni sociale. De tout temps, la sous-condition des femmes n’a jamais scandalisé personne parce que le rapport de domination d’un sexe sur l’autre était joliment et utilement enrobé dans l’amour, dans la nécessité de la reproduction de l’espèce et dans l’esprit de famille. Aujourd’hui l’asservissement des femmes s’appelle néolibéralisme, mondialisation, ouverture des marchés, performance, excellence, déréglementation.»

Ces quelques mots d’introduction, de même que tout le contenu du Manifeste, nous ont inspirées et continuent de nous inspirer.

En premier lieu, je me propose de présenter qui nous sommes, d’où vient l’idée de la Marche. Je parlerai ensuite quelles sont les valeurs qui nous guident et des préoccupations qui nous hantent, des actions que nous avons réalisées ensemble depuis déjà dix ans et de celles d’importance mondiale que nous comptons réaliser dans l’avenir. Enfin, pour conclure, nous réfléchirons aux défis.

1. Qui sommes-nous et d’où vient l’idée d’une marche?

La Marche mondiale des femmes est un mouvement mondial « autoconvoqué » d’actions féministes rassemblant des groupes et des organisations de femmes, particulièrement des femmes de la base, œuvrant ensemble pour éliminer les causes qui sont à l’origine de la pauvreté et de la violence envers les femmes, obtenir le partage de la richesse collective de l’humanité et le respect de l’intégrité physique et mentale des femmes. Nous luttons contre toutes les formes d’inégalités et de discriminations vécues par les femmes.

La Marche est issue d’une initiative de la Fédération des femmes du Québec qui en avait trouvé l’inspiration dans l’expérience de la marche des femmes contre la pauvreté, Du pain et des roses, initiée également par la FFQ en 1995. Cette action avait mobilisé des milliers de femmes et une partie de la population québécoise avait appuyé avec enthousiasme leurs revendications. L’idée de faire une marche mondiale a donc germé dans la confiance des femmes de la base et de leurs organisations, dans l’expérience de ce que peut produire de politique et de transformation structurelle un appel à la mobilisation des femmes. Comme une bouteille à la mer, cet appel est lancé aux femmes organisées et actives du monde entier.

L’appel a suscité une réponse enthousiaste de groupes de femmes à travers le monde. Du début de 1996 jusqu’aux actions menées en octobre 2000, c’est en crescendo que des milliers de groupes se sont ajoutés les uns aux autres.

Du 8 mars 2000 jusqu’au rassemblement de New-York, le 17 octobre 2000 , 6000 organisations non gouvernementales réparties dans 161 pays et territoires ont foulé la terre de leurs villages, quartiers, villes et régions pour affirmer qu’il ne saurait y avoir d’avenir possible pour l’humanité sans le respect de l’intégrité physique et mentale des femmes, sans égalité entre les femmes et les hommes, sans partage solidaire de la richesse. Des centaines de milliers, voire des millions de femmes et d’hommes, ont réfléchi, marché et appuyé les revendications portées par la Marche mondiale des femmes. En un temps record – sept mois – 5 084 546 signatures ont été recueillies pour exiger des décideurs politiques et économiques du monde un changement de cap radical au niveau mondial pour mettre un terme définitif à la pauvreté et aux violences envers les femmes.

2 . Quelles sont les valeurs qui nous guident et les préoccupations qui nous hantent ?

Comme citoyennes du monde, nous sommes déterminées à construire un monde de paix, libre de toute exploitation et oppression, un monde où tous les peuples jouiront du plein exercice des droits de la personne, un monde de justice sociale, d’accès à l’éducation et aux soins de santé pour toutes et pour tous, de démocratie et d’égalité entre les femmes et les hommes, un monde qui reconnaît véritablement le travail des femmes, à la fois de production et de reproduction, un monde qui respecte la diversité et la pluralité des cultures et qui préserve l’environnement, un monde qui assure à toutes et à tous la souveraineté alimentaire et énergétique.

Nous considérons qu’il est urgent d’affirmer et de défendre nos droits sexuels et reproductifs, y compris le droit à un choix éclairé, en assurant notamment un accès gratuit aux soins de santé et à des méthodes sûres de contraception et d’avortement. Les États doivent remplir leurs responsabilités à l’égard de ce monde que nous sommes déterminées à construire et ils ont un rôle décisif envers toutes les citoyennes et tous les citoyens. Nous dénonçons le système de domination économique à la grandeur de la planète, le capitalisme néolibéral et la perpétuation d’un système social et politique dominant envers les femmes, le patriarcat. Nous considérons qu’ils se nourrissent et se renforcent mutuellement.

Nous sommes profondément préoccupées par l’ampleur de la crise actuelle et les conséquences qu’elle aura pour les populations du monde et en particulier pour les femmes. En effet, depuis le 15 septembre 2008, le monde est ébranlé par une crise financière sans précédent, une véritable catastrophe qui aurait pu aisément être évitée. Chute des bourses, faillites de nombreuses banques, panique mondiale généralisée, annonce d’une récession mondiale avec la conséquente augmentation du chômage et beaucoup de misère. Nous allons continuer à nous mobiliser pour exiger de la part de nos gouvernement des mesures de redressement radicales, la mise en place de solutions durables de changement économique et social, parce qu’elles peuvent être trouvées, malgré la complexité du monde et l’imbrication des systèmes. Nous déclinons ce monde dans la Charte mondiale des femmes pour l’humanité.

3. Les actions mondiales que nous avons réalisées ensemble depuis 10 ans déjà et celles que nous comptons faire vers un autre monde possible, vers l’utopie, celle qui nous fait marcher Depuis le commencement de la Marche, nos réflexions et nos actions visent un changement en profondeur du politique, de l’économique et du social. Deux axes nous paraissent importants pour avancer vers ce changement : celui de la réflexion et de l’éducation populaire et celui de l’action et de la mobilisation.

Notre réflexion se nourrit des luttes féministes pour mettre un terme aux valeurs patriarcales, des luttes ouvrières du XIXe siècle, celle des mouvements sociaux (écologistes, pacifistes, communautaires, autochtones, paysans, écoféministes, etc.) dans le but de démocratiser et responsabiliser les États et d’améliorer les services sociaux comme l’éducation, la santé, la protection de l’environnement, la souveraineté alimentaire et énergétique. Faire l’éducation populaire des enjeux mondiaux et locaux est l’un des axes importants de la Marche mondiale. Nos actions collectives mettent l’accent sur la mondialisation des solidarités. Nous reconnaissons la force de travailler en alliance. Pour avancer vers «un autre monde possible», nous travaillons ensemble avec les coordinations nationales des pays où la Marche mondiale est toujours active, en association avec d’autres mouvements des femmes et avec d’autres mouvements sociaux progressistes.

Nous nous mobilisons à l’échelle mondiale une fois chaque cinq ans.l'an 2000

L’an 2000

La Marche mondiale des femmes de l’an 2000 a été le coup d’envoi. Dans cette première grande mobilisation, nous avons produit une plate-forme politique de dix-sept revendications mondiales pour lutter contre la pauvreté et la violence envers les femmes. Cette plate-forme est un outil destiné aux organisations des femmes qui interviennent auprès des femmes de la base pour qu’elles puissent s’approprier certains éléments indispensables à la compréhension du monde et chacune des revendications que nous défendons.

Dans ce document, nous manifestons notre détermination «d’entrer dans le prochain millénaire avec la certitude que nous pouvons changer le monde, le pacifier, l’humaniser… nous marcherons pour enfanter un monde basé sur la partage de la richesse collective, matérielle et spirituelle de l’humanité et pour faire en sorte que chacune et chacun ait à la fois de quoi vivre et des raisons de vivre…. »[1]

La plus grande victoire a été la solidarité entre nous, femmes du monde. Nous avons compris que, étant donné que nous sommes confrontées aux mêmes problèmes systémiques de pauvreté et de violences envers les femmes partout dans le monde, ensemble nous devons y faire face et ensemble nous devons lutter pour que ça change.

2005

L’an 2005

En 2003 et 2004, nous avons concentré notre énergie à la rédaction de la Charte mondiale des femmes pour l’humanité. Notre but était de dessiner le monde dans lequel nous voulons vivre. En décembre 2004, des déléguées de la Marche mondiale des femmes ont adopté à Kigali, au Rwanda, la Charte mondiale des femmes pour l'humanité qui décrit le monde que nous voulons construire en tant que femmes. Elle promeut cinq valeurs : égalité, liberté, solidarité, justice, paix, dans trente-cinq affirmations. Il y a un préambule et un appel à la fin, dans lequel nous invitons à l’action pour changer le monde. Le lancement mondial du Relais de la Charte a eu lieu le 8 mars 2005, à San Paulo, au Brésil. Il s’est déroulé du 8 mars au 17 octobre 2005.

La Charte s’est arrêtée dans 52 pays et territoires du monde et les femmes ont organisé des actions pour faire connaître son contenu, interpeller leurs autorités, organiser des débats et pour appuyer les luttes qu'elles mènent au quotidien. Durant ce Relais mondial, une courtepointe de la solidarité a été fabriquée avec un morceau de tissu par pays. La fin du Relais a eu lieu au Burkina Faso, en Afrique. Le 17 octobre 2005, des femmes du monde entier ont accompagné la course du soleil autour de la terre de 24 heures de solidarité féministe mondiale. A midi, dans tous les fuseaux horaires de la planète, nous sommes sorties dans les rues pour manifester notre adhésion à la Charte mondiale des femmes pour l'humanité et à ses valeurs. Les actions ont commencé dans les Îles du Pacifique en Océanie, se sont poursuivies en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et Europe et enfin dans les Amériques. En 24 heures, nous avons fait le tour de la planète et nous avons fait entendre nos voix. Le 17 octobre 2005 a été un moment exceptionnel pour dire haut et fort que nous marchons ensemble pour construire un autre monde, que jamais nous ne baisserons les bras.

2010

L’an 2010

Voici que nous nous préparons pour 2010. La Marche mondiale s’inspire toujours de la persévérance et de la résistance quotidienne des femmes du monde dans leurs luttes contre la pauvreté et la violence envers les femmes. Entre le 14 et le 21 octobre 2008, à Vigo, Galice, Espagne, 130 déléguées de 45 pays se sont rencontrées pour définir le fond et la forme de nos actions mondiales pour 2010. Au moment d’écrire ce texte, je ne dispose pas encore des décisions très concrètes prises lors de cette rencontre. Mais nous savons déjà que, comme l’action fait partie intégrante de l’identité de la Marche, l’action recherchée sera en accord avec cette identité. L’action de 2010 nous encouragera à aller plus loin dans la recherche des revendications communes et dans la manière de les mener à terme. La proposition est de faire une marche de 10 jours, entre le 8 mars et le 17 octobre 2010, avec des actions variées, des ateliers de formation, pour finir le 17 octobre 2010 par une action mondiale à déterminer avec une ou plusieurs missions de solidarité envers des femmes des pays en conflits.

Les principaux objectifs de l’action de 2010sont de :

  • placer la lutte à la pauvreté et à la violence envers les femmes au centre de notre mobilisation; ·
  • influencer la corrélation des forces politiques vers des changements en profondeur dans le monde et dans chaque pays, pour faire face à la catastrophe mondiale provoquée par la crise financière actuelle; ·
  • manifester la solidarité et la détermination des femmes parce que « tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche».

Donc nous nous retrouverons ensemble pour continuer la Marche en l’an 2010, en 2015, en 2020, etc.

Nos défis

Nos défis

Le mouvement qu’a initié la Marche mondiale des femmes doit être capable de bâtir, à partir de l’expérience de millions des groupes de femmes qui localement construisent et travaillent dans le quotidien avec des moyens très limités, des projets alternatifs possibles et de travailler ensemble et avec d’autres mouvements sociaux pour construire des contre-pouvoirs capables d’interpeller les pouvoirs politiques et économiques nationaux et internationaux pour les amener à proposer des solutions vraies économiquement, politiquement, socialement et écologiquement.

Cette pluralité, l’un de principes fondateurs de la Marche, est l’une de ses grandes difficultés et pose un grand défi. Nous sommes confrontées à des divergences importantes qui exigent de notre part attention, écoute, imagination pour maintenir l’unité du mouvement dans l’action. · Une divergence importante [2]concerne le corps des femmes, le rapport à la sexualité, le contrôle des femmes sur leur fonction de reproduction. Ce sont là des questions fondamentales qui ont traversé toutes les sociétés et le mouvement des femmes en particulier, mais qui se posent avec encore plus d’acuité dans une conjoncture où la montée des intégrismes et des fondamentalismes fait peser de lourdes menaces sur les droits des femmes. Dans le contexte de la Marche, étant donné sa composition pluraliste et internationale, ces divergences se manifestent avec passion. Parmi celles-ci, les questions de l’homosexualité, de l’avortement, de la prostitution sont les plus importantes.

Dans la Charte, les mots avortement et lesbianisme ne figurent pas, mais les principes de respect de la diversité et de l’orientation sexuelle, ainsi que le droit d’avoir ou non des enfants, sont clairement exprimés. La peine de mort a été aussi une question très débattue lors de l’adoption de la Charte des femmes pour l’humanité. La Charte, dans sa version proposée au Rwanda n’acceptait pas la peine de mort Les femmes du Rwanda et de la région des grands lacs africains, confrontées aux horreurs du génocide du 1994, étaient en désaccord avec ce principe. Nous avons modifié l’affirmation de la Charte dans ces termes : « tous les êtres humains ont le droit de vivre dans un monde sans guerre et sans conflit armé, sans occupation étrangère ni base miliaire.

Nul n’a le droit de vie ou de mort sur les personnes et sur les peuples ». · Une autre difficulté concerne l’Organisation des Nations-Unies, étant donné l’absence d’une position claire par rapport au rôle de l’ONU dans le monde : depuis le commencement du mouvement, certaines délégations des pays, surtout de l’Europe et des Amériques, souhaitaient une position de critique radicale alors que d’autres, surtout de l’Afrique, pensaient à l’importance de maintenir des liens stratégiques de collaboration et d’action avec les institutions des Nations-Unies. Cette difficulté persiste encore. L’ensemble de ces « divergences » illustre bien la difficulté de travailler de façon unitaire et inclusive au niveau international. Elle démontre aussi que la Marche est tributaire de la composition du mouvement des femmes au niveau national, de leurs alliances, de leur coordination avec d’autres mouvements sociaux et qu’il est impossible d’aller au-delà sans compromettre le leadership collectif et l’unité dans l’action.

Notre défi est celui de durer pour continuer à marcher chaque fois plus nombreuses et plus nombreux et, comme on peut lire dans le préambule de la Charte mondiale des femmes pour l’humanité, «nous rejetons ce monde et nous proposons de construire un autre monde où l’oppression, l’intolérance et les exclusions n’existent plus, où la diversité, l’intégrité, les droits et libertés de toutes et des tous sont respectés».

[1] Marche mondiale des femmes en l’an 2000. Cahier des revendications mondiales , juillet 1999. Voir le site de la Marche

[2] Texte de Lorraine Guay cité, page 8 et 9

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