À bientôt

Jeudi 18 Janvier 2018

Calendrier des activités

Janvier 2018
D L Ma Me J V S
31 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3

Devenez Publicitaire

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Faire un don

Easy Joomla Paypal Payment / Donations Module

Statistiques du site

  • Unique Visits Today57
  • Unique Visits Yesterday41
  • Visits This Week176
  • Visits Previous Week337

Activité en ligne

Nous avons 87 invités et aucun membre en ligne

MySpaceMySpace

L'exhumation de cimetières clandestins : un acte courageux d'une grande humanité

Note utilisateur:  / 0
MauvaisTrès bien 

« Nous ouvrir à la vérité, faire face à notre réalité personnelle et collective n'est pas une option que l'on peut accepter ou refuser. C'est une exigence sans appel pour tout être humain, pour toute société qui prétend s'humaniser et être libre. » 1

Monsenor Juan Gerardi

Au Guatemala, la guerre civile (1962-1996), d'une violence extrême, a entraîné la mort de plus de 200 000 personnes. Depuis 1994, des exhumations de cimetières clandestins ont cours dans plusieurs régions du pays à la demande des survivants. Ce processus important a pour but de permettre aux populations touchées de briser le silence imposé par la peur, de continuer un processus de deuil rendu pratiquement impossible durant l'époque de violence et de faire découvrir la vérité sur ce qui s'est réellement passé au Guatemala.

Une répression séculaire

L'opposition face au système social, économique et politique existe depuis très longtemps au Guatemala et de façon encore plus importante depuis la chute du gouvernement de Jacobo Arbenz (élu démocratiquement en 1954) renversé par un coup d'État américain. Cette opposition visait et vise à réclamer, entre autres, un salaire plus juste et de meilleures conditions de travail pour le travailleur agricole et suffisamment de terre pour travailler et nourrir sa famille. Mais « toute dissension à l'esclavage virtuel imposé aux autochtones mayas était réprimé brutalement. De façon générale, ce type de répression caractérise la situation des 500 dernières années. »

Selon la Commission guatémaltèque pour la clarification historique, dont le rapport a été publié en février 1999, la violence contre les autochtones avait pour but bien arrêté d'éliminer les groupes ethniques, soit en les tuant, soit en détruisant la base de leur culture et de leur cohésion sociale. Quatre-vingt-trois pour cent des victimes de la violence au Guatemala étaient d'origine autochtone.

Deuil

Le processus de deuil chez l'être humain est un cadeau, une nécessité, un passage important qui permet d'honorer les sentiments que l'on porte à l'intérieur de soi lorsque l'on vit une perte, une peine. Et il revêt une importance cruciale pour les populations qui ont vécu, lors de guerres civiles, de très grands traumatismes et pertes. Selon Alonso Portillo, militant guatémaltèque, il n'y a aucune disposition dans le système de croyances de l'être humain, aucun mécanisme qui ne permette d'affronter des morts aussi atroces, à une échelle de cette amplitude. « À l'époque de la violence la peur a forcé les gens à pleurer secrètement pendant plus de 15 ans. » Il était très risqué de déterrer et récupérer les restes des êtres chers, donc après de nombreuses années d'attente, il a été finalement possible de donner une « sépulture digne » aux êtres que l'on a aimés mais aussi de vivre un processus de deuil interrompu, voir interdit. « Récupérer les êtres chers de l'anonymat du massacre signifie non seulement récupérer l'être perdu mais aussi la communauté toute entière. Les retrouvailles entre les survivants et leurs êtres chers assassinés, lors des exhumations, pansent partiellement la blessure infligée dans l'histoire de l'individu et de la communauté. »

Durant la pire période de violence (1978-1983), 440 villages ont été complètement détruits par l'armée. On appelait cette période « la politique de la terre brûlée ». Parce qu'il n'y avait plus aucun repère dans certains villages, afin de ne pas oublier où les soldats avaient jeté les corps et pour transformer l'énergie du lieu, les survivants plantaient un arbre au-dessus de la fosse. « Identifier le site de l'enterrement comme un lieu sacré était, à l'époque, l'acte s'apparentant le plus à une commémoration.»

Un rituel émouvant

Depuis longtemps je portais à l'intérieur de moi le désir de côtoyer des populations marquées par une guerre civile. Je désirais me laisser toucher par ces gens vivant un processus de deuil. J'ai eu la grande chance d'assister, comme observatrice à 10 jours d'exhumations dans la magnifique région de Rabinal, au Guatemala. J'y ai vécu, sans aucun doute, les moments les plus touchants de ma vie, des moments d'une grande profondeur et d'une grande beauté. Je dis profondeur parce que je crois sincèrement que quiconque vivant un processus de deuil a un effet sur les autres, qu'ils soient proches ou loin. J'ai été baignée pendant ces journées par une énergie indescriptible et par des moments de calme incroyable à observer, avec les gens de la communauté, le travail minutieux des anthropologues, ossement après ossement, vêtement après vêtement...

L'expert légiste Clyde Snow donne une image vraiment belle de l'effet que pourrait produire les exhumations sur les populations affectées: « la façon de traiter une blessure est de l'ouvrir, de la drainer et ensuite de la laisser guérir ». Après toute cette époque de violence, de terreur et de désespoir, réouvrir la terre et avoir le pouvoir et la chance de transformer la douleur et ce qui reste de la guerre, de faire un enterrement rempli de chandelles et de fleurs est un moment oh combien difficile mais également rempli d'une grande beauté. Deux moments m'ont particulièrement marquée durant ces 10 jours d'exhumations, notamment lorsqu'une anthropologue m'a demandé de descendre dans la fosse et de récupérer perle après perle le collier de corail rouge près des ossements d'une jeune femme. Je ne peux décrire cette image sans pleurer... Puis à la fin d'une longue exhumation située sur le bord d'une rivière, observer les gens de la communauté remontant la colline par un petit sentier étroit, les uns derrière les autres, avec sur leurs épaules les sacs contenant les ossements des gens de leur famille et de leur communauté. Une longue chaîne humaine qui continue son chemin et essaie avec grand courage de panser les blessures du passé...

 

* En 2000, Julie était accompagnatrice, pendant 6 mois, auprès de communautés autochtones du Guatemala qui ont vécu la guerre civile et observatrice internationale pour la Fondation d'Anthropologie Légiste durant l'exhumation de cimetières clandestins.

 

(1) Archevêque de la ville de Guatemala assassiné le 26 avril 1998 deux jours après avoir prononcé ces paroles.

MySpaceMySpace

logo nous avons lu2

Les éditions passées

no_19.jpg

Suggestions de lecture

l'humanitaire

 


 

Open source productions